02 mars 2008
Consigne 64
Photo de Coumarine
Vous vous inspirerez de cette photo et commencerez votre texte par:
"Il n'en a parlé à personne..."
Il n'en a parlé à personne. Jamais. C'était l'été, une fin de journée orageuse en fragile équilibre entre pluie et lumière, un intervalle prisonnier d'une clarté laiteuse et aérienne. Un vent vif avait décroché la corde à linge et elles étaient étendues, à peine froissées, sur l'herbe humide. Clara et Albertine étaient encore sur les routes, alors il s'était approché pour les ramasser. Son regard avait caressé le tissu jaune, si souple, si léger avec ses petites dentelles finement crochetées. Il avait rapidement porté le jupon contre son visage pour s'approprier la tiédeur de son étoffe. Cette chaleur, ce tremblement qui l'avait alors parcouru il n'avait jamais trouvé les mots pour les décrire, sans doute se refusait il même à admettre leur existence. Il avait hésité à se saisir de la robe de soirée de Clara, éclatante, finement satinée, pourtant, son souvenir le plus troublant c'est le glissement de cette soie rouge sur sa peau mâle. Il avait valsé, comme une princesse, les pieds nus sur le sol mouillé. Esméralda dansant pour Phoebus et offrant toute la sensualité que recelait son âme. Quand, il avait remis son costume, plein de ce plaisir douloureux, de cette honte suffisamment jouissive pour ne l'oublier jamais, il s'était promis de ne plus recommencer.
Ce soir là, c'est le même époux sérieux et un peu distant qu'elle avait quitté le matin que Clara avait rapidement embrassé sur le front... Le même époux.
Commentaires
Oui, tous en nous, "les hommes", quelque chose de Kloelle, que nous étouffons soigneusement sous l'oreiller des rêves.
Je vous relirai avec plaisir sur PP.
Magnifique ! J'aurais aimé l'écrire, et à la fin, j'aurais viré la dernière phrase et aurais conclu par : "Quand il remit son costume, plein de ce plaisir douloureux, de cette honte suffisamment jouissive pour ne l'oublier jamais, il se promit d'un jour recommencer."
(C'est vrai quoi, c'est bon la honte !) :o))
Je l'aime beaucoup ce texte. La poesie de tes mots... Mais comment tu fais pour ecrire des textes comme ca?!
Je suis en admiration.
J'aime beaucoup cet instant hors du temps Kloelle. Ta sensibilité est magnifique !
Bon dimanche !!
Admirative également!
Je le sais pourtant, à quel point tes textes peuvent me surprendre, mais je suis à chaque fois étonnée.
BRAVO!
bravo,
C'est très sensitif, et original. L'intimité du coeur masculin. Pourquoi et comment partager un tel secret en effet?
J'ai beaucoup aimé aussi.
Un bref instant de lumière et tout retombe dans l'obscurité...
La part de féminin chez les hommes...Je ne sais pas pourquoi mais cet homme sur ce tableau avait quelque chose de tellement féminin pour moi.
comme quoi...
... il faut faire pleurer les enfants et ne pas hésiter à bousculer la cravate des messieurs. Le pire n'est jamais sûr, l'ennui non plus.µQuel dommage de laisser figer ces trésors d'émotion. Quelle chappe à soulever !
Tu m'as donné envie de participer ;-))
Superbe façon, très originale, de traiter cette consigne. Un regard tendre, juste, poétique, sur cet univers trouble que plus d'un fréquente...
La part d'ombre dans la part de soleil... Ou bien le contraire?
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