30 juin 2008
Ma fille aux cheveux de lin
Elle est la silhouette gracile au regard myosotis qui se pose contre mon épaule les jours d'orage. Je pense au poème que je lui ai écrit quand elle est née. Des mots pour dire la douceur de sa venue dans ma vie, pour me promettre de l'accompagner jusqu'au jour de l'envol, celui de l'effacement de l'enfance. Hier, en la regardant blottie contre le torse protecteur de ce grand jeune homme brun venu de loin pour passer ces quelques jours avec elle, je me suis dit que ce jour était arrivé.
26 juin 2008
La cour
Elle a neuf ans et dans cette cour d'école aux limites trop franches elle fait semblant de s'intéresser aux pétales d'une marguerite pour se donner une contenance. Elle n'aime pas les récréations, en classe elle a une place, sa place, ici elle tourne sans but en tentant maladroitement d'échapper aux regards piquants du groupe des filles qui rient. Faut il être habillée de ce pantalon moulant à la mode en faux cuir noir et s'amuser à imiter les acteurs d'un film en vogue pour être heureuse ? Elle n'envie ni le pantalon, ni les chorégraphies animées, mais il lui semble qu'elle pourrait donner sa vie pour être une fois, une seule fois, une fille populaire. Elle pense à Jane Eyre qu'elle a lu et relu des dizaines de fois car c'est un des seuls livres qu'elle possède "pour de vrai", elle se dit qu'elle est une sorte de Jane Eyre et ça l'aide à vivre, à ne pas pleurer. Ses amies sont les personnages des livres qu'elle dévore, calée entre le meuble en formica et le lit blanc de sa chambre. Ils lui apprennent l'essentiel et l'illusoire pour la remercier de les laisser vivre en dehors de leurs pages, dans ces rêves éveillés qu'elle enfante sur les murs un peu jaunes. Dans la cour, il lui arrive de penser à eux, à la manière dont ils occuperaient l'espace. Les filles rient toujours. Elle est sûre qu'à l'intérieur d'un roman, Antonia vers qui tous les regards convergent, Antonia avec ses grands cheveux bruns et ses sourires blessants serait une superbe héroïne. Nicolas le fils de la maîtresse ne s'y trompe pas et c'est autour d'elle qu'il organise ses galanteries. Elle aime le regarder. Il n'y a jamais beaucoup de soleil dans cette petite cour ou peut être est-ce la façade de l'école qui ombre le sol. Finalement elle est contente de pouvoir effeuiller sa marguerite, l'hiver elle compte les secondes pour que la récréation passe plus vite, c'est moins prenant. Parfois il y a aussi cette petite fille aux yeux bridés parlant mal le français qui s'avance vers elle, elles s'affranchissent des mots. Une corde à sauter ou un cerceau de couleur pour mêler deux solitudes. Un couple désaccordé et pourtant, en fragile accord de vie. La cloche a sonné, elle retourne en classe, elle va s'y ennuyer et glisser longuement vers des ailleurs plus onctueux, mais elle a une place, sa place.
25 juin 2008
Vagabondage
Simplement posée sur le bord de mes pensées, débordée par cette course à la contrainte ordinaire et aux impératifs rebattus, je pense aux jours où rien ne se passe, ceux qui ont un goût de réglisse et qui se déroulent comme un long ruban brillant à la saveur savamment sucrée.
21 juin 2008
Haïku fatigué
Pensée sans digressions
Corps entre deux cuissons
Simplement claquée.
18 juin 2008
Au soleil
Elle est vive et rayonnante.
Il est très grand et plein d'esprit.
Une balade à l'ombre des quais du Rhône.
Des saveurs, de la chaleur et du soleil.
Juste trois heures comme une fuite heureuse du quotidien.
Ma timidité à peine effacée.
Un joli souvenir.
17 juin 2008
Les moulins à vent
Clairsemée, triste, anémiée. Le feu couve encore mais l'orage est trop fort. Petit d'homme me tenait la main et il trouvait que ce n'était franchement pas drôle une manifestation. J'aurais aimé qu'il garde de cette première fois des images de regards brillants, de bras levés à l'unisson, de femmes et d'hommes insolents de fierté...Une chape de plomb, un goût de défaite avant la bataille...Où nos enfants accrocheront-ils leurs étoiles ?
16 juin 2008
La fileuse
Lundi soir.
Un jour de plus où
Le temps a filé trop vite.
15 juin 2008
Haïku de soleil
*
Coccinelle ouverte
sur une douceur de joue.
Fera beau demain.
*
Haïku et dessin : CP/CE1 de Vignacourt.
12 juin 2008
Dans l'instant
Au soleil retrouvé, les pensées innocentes marchaient sur la pointe des pieds.
Assise sous l'ombre du forsythia, les genoux repliés sur le ventre, elle observe les nuées aux relents boisés remonter d'une terre où il a plu et qui s'ouvre lentement à la chaleur. Entre ses mains, un livre prêté qui énumère les souvenirs-madeleines d'une enfance trop lointaine pour faire sens. Depuis de longues minutes déjà, ses yeux ont glissé, échappé aux mots, ils sont partis vivre des ailleurs chantant entre les voix affaiblies qui poussent de la rue et les toiles d'araignées qui prolongent le branchage irrégulier. Elle ne sait plus si ce matin le ciel voulait rire ou pleurer. Elle pense aux fleurs des champs dont elle ne manquera pas de garnir sa jardinière l'année prochaine, aux sourires volés dans la file d'attente d'une gare de province et aussi à sa main, soudainement libre, qui s'amuse en silence de l'ombre déformée qu'elle laisse sur le mur jaune.
11 juin 2008
brève
"Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains"
Anna de Noailles


