La valse des petits riens

Le simple plaisir d'écrire.

30 avril 2008

Légèreté

Je sais, je te fais rire avec mes envies de légereté, je te fais rire car toi tu sais qu'il n'y a jamais aucune liberté, qu'il n'y a que des terres qui engluent, qui compressent et qui emprisonnent. Pourtant, quand tu me regardes les deux pieds enfoncés dans le sol à espérer ouvrir la porte des possibles parce que j'accroche mon regard sur deux pauvres nuages en forme de liberté, ne pourrais-tu esquisser un geste dans la même direction juste pour m'aider à y croire ?

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22 avril 2008

Economie de maux

Elle avait comme une vapeur au fond des yeux

et un mot,

un simple mot,

n'importe lequel,

aurait pu en faire un orage.

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31 mars 2008

Prémices

Soleil

*

Dans ses yeux, la nuit se retire. Voilà qu'elle pourrait à nouveau sourire mais elle n'ose pas, pas encore. Pour le moment elle trempe à peine ses lèvres dans le verre des saisons qui chantent, s'abreuver au plein soleil à petits pas...ne pas bousculer le temps.

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20 février 2008

La langue

Elle s'est levée avec la langue lourde, une impression de gène comme si un intrus investissait lentement le fond de sa gorge et y déployait  des attaches invisibles. Elle a tout de suite cherché ses mots, raclé, éperonné sa chair somnolente mais ses tentatives s'engloutissaient dans des retranchements douloureux, réveillant au passage des parcelles inexplorées de son corps. J'ai pris froid a t'elle pensé.

A l'heure des odeurs de café tiède, abandonnant provisoirement ses efforts elle s'est assise sur le tabouret grège, près du radiateur, au chaud. La lumière qui forçait les persiennes projetait des parallèles qu'elle trouvait agressives sur le papier peint défraîchi. Des mois qu'elle voulait repeindre cette pièce avec des couleurs de vie et d'envie. Des mois que les jours passaient sans qu'elle n'en trouve le courage.

Le liquide ravivant glissait désormais le long de ses cordes vocales, il envahissait et réchauffait. Mais en elle, en lieu et place de se dégourdir, tout se figeait et s'épaississait. Courir, courir à la lumière cireuse de la salle de bain, vite, pour voir cette langue qui ne se tire plus.

Elle a ouvert la bouche, en grand, tourné et décroché sa mâchoire frénétiquement puis observé, désemparée, ce reflet quotidien, à peine laiteux, terriblement normal.

Sur les murs, la peinture verte s'écaillait lentement comme les lambeaux d'une vie qui s'effeuille dans l'indifférence et en elle ce mal invisible, tendu et gonflé, une langue comme une baudruche monstrueuse investissant tous les recoins, assiégeant chaque repli. Elle précipita ses poings vers ce miroir qui ne comprenait rien et s'entêtait à renvoyer un reflet rassurant puis elle se laissa glisser, happer par le carrelage. Aux mots qui ne sortaient plus répondaient les larmes coulantes, débordantes, dévorantes.

Réduite au silence, projetée dans la vérité brute de soi, elle s'est traînée jusqu'à son lit, puis enroulée contre la couverture de mousseline, comme une enfant fragile en recherche de repères et d'odeurs maternelles. Elle songea alors à ces autres mots, ceux qui étaient sortis hier, ceux qu'elle aurait aimé pouvoir rattraper, retenir, effacer.

Dans l'intimité du petit bureau des classements accessoires elle lui avait dit dans un souffle lent:

" Je vous aime, depuis des mois "

Et cette réponse en forme de rire, sarcastique, retentissante, ogresque.

C'est sûr, ils lui en voulaient maintenant. Ils n'oseraient plus sortir. Elle le comprenait bien. Que n'avait-elle tournée cette langue avant de parler.

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04 février 2008

Au bord de l'eau

Elle s’est réveillée pleine de l’envie de changer ce monde… Dans cet entre-deux, à la lisière du sommeil, elle se sent bien et se laisse aller doucement. Enroulée en position fœtale dans la chaleur de sa couverture de laine elle songe un instant à ce gris séché qui a assiégé leurs regards et qui grignote lentement le sien.

Les bruits de la rue montent maintenant le long de la façade blanche et elle a fini par poser ses pieds sur le carrelage froid: elle ne paye plus ses factures de gaz depuis de longs mois. Le voisin du dessous dit à tout le monde que la chaleur monte et qu’il paye pour deux. "Marre de payer pour les fainéants….Les parasites !!!" Lui, il est à son compte, il travaille, il s’échine, il parle fort aussi ! Elle ne répond jamais, joue les passantes silencieuses, mais au fond elle le plaindrait presque de tant de bêtise.

Elle s’assoit devant la fenêtre de la cuisine, une belle vue qui s’ouvre sur toute la ville. Ça n’a pas de prix une si belle ouverture sur le possible. Elle pense aux rivières de son enfance. Aura t’elle encore le droit de rêver demain ? C’est improductif le rêve, ça ne se capitalise pas non plus. A la radio, Léontyne Price chante "Au bord de l'eau" de Fauré, sa voix est un miracle et il suffit parfois d’un peu de cette beauté pour garder un fil d'espoir...

Nous sommes lundi, c’est jour de distribution à la banque alimentaire. Elle s'assied sur son lit pour enfiler ses bottes et  croit un instant que le courage va lui manquer pour se relever. Dans la queue, elle aura des envies de transparence….. C’est si peu de rêver.

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08 janvier 2008

Rêves

Qu'avais-je fait de mes rêves ?

Ils étaient là, bien alignés, comme autant de papillons autrefois chamarrés épinglés aux murs de ma chambre. Epinglés ? Crucifiés devrais-je écrire, privés qu'ils étaient de toutes velléités d'exister. J'aurais été l'unique sphère d'influence de leur indiscernable orbite et c'est impuissant que j'assistais maintenant à leur complète dessiccation.

papillon_chine

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29 décembre 2007

Le fauteuil

Elle s'était assise sur le fauteuil bleu, le plus vieux, celui qui s'enfonce et vous enrobe. Plusieurs fois il avait voulu le déposer à la décharge, elle avait toujours énergiquement refusée. Il ne comprenait pas, il était étranger à ces sortes d'émotions. La joue contre le velours usé et les yeux juste assez fermés pour créer ce rideau de lumière flou qui donne une autre vie aux formes et aux choses, elle se laissait glisser dans des riens délicieux. Bien sûr, il avait voulu savoir pourquoi elle restait là, à ne rien faire. Elle aurait aimé lui faire comprendre ce monde qui s'agitaient sous ses paupières comme autant d'ombres chinoises captives de ses rêves. Elle répondit juste: je ne me sens pas très bien ce matin.

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26 décembre 2007

L'aurore

aurore

Je ne me suis pas laissée prendre par le sommeil, je voulais jouir de mes émotions, les laisser vivre encore dans la tiédeur de la nuit. J’ai ramassé la couverture et je l’ai remise en place, doucement. Par la fenêtre encore ouverte, je regarde l’ombre fuir la vie qui s’installe. Reste la caresse du silence.

Je voudrais que tu m’offres une robe couleur d’aurore.

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22 décembre 2007

?

Carottes

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17 décembre 2007

Traces

*Bu_e

J'ai collé ma tête contre la vitre, pour qu'entrent en moi les vibrations. Je veux jouir du tressaillement de mes chairs contre le verre froid, sentir la vie jusque dans la douleur qui cogne mes tempes. Le compartiment est vide. Personne pour voir les larmes que je ne retiens plus. J'aimerais être cette buée projetée contre la paroi lisse et qui s'évaporera doucement au petit matin dans la douceur d'un liseré de soleil.

*

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