07 août 2007
Consigne 52
Photo d'Olivier
Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l’exacte vérité.
Bien sûr la vérité est toujours plus douloureuse, moins tranquille que le mensonge. Mais je m’étais trop longtemps vautrée dans l’antre moelleux et rassurant de la courtisanerie et ce nid douillet m’étouffait aussi sûrement que des mains assassines.
Je n’avais pas attendu le moment propice… Il est même pertinent de relever que cette bouffée de franchise m’avait frappée au moment le plus inopportun.
Ils étaient tous là.
Clara, pleine d’assurance dans une grande robe fourreau mal ajustée qui mettait en valeur les adiposités que lui avait offertes la quarantaine; Jacques s’empressant auprès de la marquise avec ce regard mielleux qui le définissait dans son entier; Emilie déboutonnant sa vacuité entre deux rires hoquetants et le vieillissant comte d’Aurévilly occupé à talonner sa trop belle et trop jeune épouse .
La marquise posée au centre de la pièce déclamait, nous infligeait devrais-je dire un poème de sa composition sous les mines faussement ouvertes et impressionnées d’une kyrielle d’aspirants courtisans. Pour tout dire, les muses n’avaient pas eu la main heureuse à sa naissance, loin s'en faut. Je pensais en vidant mon enième verre que cette femme ne serait rien sans sa fortune familiale, elle n’était d’ailleurs rien d’autre que le reflet faussé que lui renvoyait les regards intéressés d’une poignée de flagorneurs, une pierre de pacotille s’offrant un peu d’illusion dans une société surannée qui s’accrochait à des valeurs qui n’avaient plus cours.
En cet instant précis j’ai eu mal d’être moi. Je me suis levée en lui criant de se taire, la pressant de cesser de nous assommer avec ses mièvreries de femme finissante.
Dans ce compartiment de seconde classe du train qui me ramène dans ma petite ville de province, j’y vois maintenant un élan salvateur de mon inconscient qui savait que l’auditoire ne me laisserait aucune possibilité de rédemption… Je suis sans tristesse… Je goûte au plaisir simple d’être moi.
25 juillet 2007
Consigne 51
Photo de coumarine
La surprise est de taille.
Je suis sidéré, sans voix, immobile et droit dans mes baskets qui pèsent soudainement très lourd. Elles sont trois, là devant moi. La grosse noire à l’allure boursouflée qui date un peu, la sportive en forme de poire et la petite rouge toute fraîche de l’été dernier. Elles sont trois, elles m’ont accroché le regard au détour de la quatrième marche de l’escalier en colimaçon. Trois, trois valises bien pleines posées contre la porte de mon appartement. Le premier choc passé, j’ai vainement essayé d’ouvrir la porte. Puis je me suis laissé glissé contre le mur du couloir avec cet air ahuri que je dois bien avoir encore.
Alors voilà…..elle me met dehors.
Ce matin pourtant elle m’a dit «à ce soir, n’oublie pas de descendre la poubelle»…..c’est un signe ça …non ? La poubelle j’ai oublié…j’oublie toujours. Je cogite…Non, ce n’est pas ça…..Le bonheur d’une femme ne tient pas au respect de quelques tâches ménagères…..Quoiqu’en y réfléchissant.
« Allez reprends toi, tu ne peux pas rester là, les voisins vont rentrer du travail, passer devant toi en gloussant : tu dois vider les lieux au plus vite. »
Seul, dans le petit renfoncement d’une porte cochère. Assis sur la grosse noire, assommé par la vie, je regarde le monde. Des pieds avancent sur les pavés devant moi, ils martèlent le sol d’un pas franc comme si la vie continuait, des pieds élégants, sportifs ou démodés mais des pieds qui savent visiblement tous où passer la nuit. Une petite dame aux cheveux grisonnant et à la vue probablement approximative vient de me donner la pièce….J’ai l’estomac noué et une envie de pleurer qui monte implacablement le long de ma gorge. Il faut que je me lève pour écumer les hôtels.
Si seulement j’avais pris le temps de descendre la poubelle.
08 juillet 2007
Consigne 50
CONSIGNE
Vous allez raconter une petite histoire, avec les petits bouts de phrase suivants qui se retrouveront dans l'ordre dans votre texte:
- Elle est debout (incipit)
- Que se passe-t-il?
- C'est un parti pris
- Des affreuses chaussettes de couleur verte
- Et ce jour-là, le soleil s'est levé comme d'habitude(dernière phrase)
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Elle est debout, la joue collée contre la seule ouverture: une petite échancrure horizontale de quelques centimètres qui laisse juste glisser assez de lumière pour percevoir le battement du jour et de la nuit. Des mois qu’elle vit au rythme de cette alternance, à peine esquissée, d’obscurité et de lumières étouffées.
Le jour balbutie à peine et il y a pourtant tous ces bruits, cette agitation qui lui arrive du dehors.
- Que se passe t’il ?
Elle a envie, besoin de savoir. Elle sait qu’elle ne doit pas s’approcher du soupirail, sa mère le lui a interdit. Et pourtant, combien de fois déjà a t’elle pris le risque de donner à voir son visage. C’est un parti pris qu’elle croit assumer du haut de ses 16 ans…C’est qu’elle a besoin de regarder les autres parfois pour se sentir vivre elle aussi. Le jeudi, par exemple, quand vient le marché, elle aime se frotter contre le jour pour voir les couleurs danser, elle regarde le va et vient incessant des jambes, arrête son regard sur les si jolis bas de jeunes filles à peine plus âgées qu’elle, sourit au passage de petits pieds sagement accrochés à ceux de leur maman, s’amuse à deviner les amoureux , à compter les lacets bleus ou les souliers vernis.
Aujourd’hui elle ne voit que d’affreuses chaussettes de couleur verte, des chaussettes enfoncées dans de longues et lourdes chaussures noires. Elles vont et viennent avec autorité, claquent sur le sol encore froid au rythme des ordres laconiques et tranchants d’un homme qu’elle ne voit pas. Et puis d’autres chaussures arrivent, des chaussure d’hommes, de femmes, d’enfants, des pas hésitants et tremblants. Elle se déplace pour mieux voir….mais lui l’a vue aussi.
Et ce jour-là, le soleil s’est levé comme d’habitude.


