07 mai 2008
Jeux d'ombres
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Enfant, quand le soleil du matin perçait mes rideaux, je remontais les draps de mon lit sur mon visage, et, dans le silence matutinal de ma chambre, à travers le coton léger, je laissais les jeux d'ombres m'envahir et leurs surprenants contours se muer en personnages chimériques. Puis la lumière changeait...
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Ed Harcourt - This one's for you
envoyé par Longtimeman
30 janvier 2008
Dans ces yeux là
Dans ces yeux là, déjà,
Ceux de la toute petite enfance,
Le chemin silencieux
De tout ce que je suis.
05 décembre 2007
Racines
Photo utopia
Bien sûr, elle avait compris comme comprennent les enfants, instinctivement, l'impression d' un coup de poing que l'on reçoit en plein ventre. Tout bascule en douleur quand on apprend à composer avec la honte. Elle ne voulait pas que les autres enfants viennent chez elle, elle disait qu'elle n'aimait pas, qu'elle voulait être seule avec ses livres. Tenir les autres à distance, elle savait qu'il fallait tenir les autres à distance.
Des conversations, des bribes de mots, des regards et des sourires en coin qui parlent plus fort que le tonnerre. "Elle est folle"....quand les mots sont jetés il faut se mettre à quatre pattes pour ramasser les éclats de vie qui se sont brisés.
Une mère qui ne peut être mère. Une mère dont on devient la mère comme un glissement à l'âge où la raison n'a pas le droit de vous envahir. Une solitude, des silences et des mondes parallèles pour s'inventer la vie.
18 septembre 2007
La dame aux livres.
Elle vient d'avoir 8 ans. Elle est allongée sur un lit, dans un hôpital. Elle n'a pas peur, mais elle a froid car ils ont posé des poches de glace à même sa peau. Elle ne le sait pas mais derrière les sourires figés qui se posent sur elle glisse l'ombre des peurs les plus saillantes.
Elle vient d'avoir 8 ans et a juste l'impression de vivre une aventure particulière, elle est même heureuse d'être le centre d'attention de tous ces adultes. On lui a attribué une chambre seule comme les grands pense t'elle fièrement, elle ne sait pas qu'elle est à l'isolement: contagieuse. Pendant de longues semaines, elle va apprendre la solitude, l'aimer et la hair.
Les premiers jours, elle plonge dans des rêveries sans fin, invente une vie aux feuilles qui tombent devant sa fenêtre, parle aux blouses blanches accrochées derrière sa porte. Elle n'a pas le droit de sortir de son lit mais de cet univers tout petit elle tisse des merveilles. Puis le temps passe et elle entend les autres enfants rire, ceux aux jambes cassées, aux appendicites et elle se sent soudain honteuse d'être tenue à l'écart, d'autant qu'elle va mieux. Elle veut sortir. Elle ne supporte plus les 4 murs beiges, ni même les feuilles qui continuent de tournoyer devant la vitre de sa chambre. C'est un petit oiseau recroquevillé dans sa cage.
Dans cette cage, les adultes sont maintenant autorisés à entrer, et parmis eux, il y a la "dame aux livres", la "dame aux livres" et son petit charriot qui déborde de trésors. Alors elle va lire, lire du matin au soir, lire à s'endormir la joue sur les pages ouvertes la nuit déjà tombée. Elle ouvre des vies: elle est Jane Eyre ou la Princesse de Clèves, elle devient même Tistou les pouces verts. Elle s'amuse follement à moudre le quotidien, à déguiser la vie.
Trente ans ont passé, elle déguise toujours la vie, et certains soirs alors qu'elle se réjouit d'un bon mot ou s'émeut de la beauté d'une phrase elle pense à la "dame aux livres" sans qui peut être rien ne serait possible.
01 septembre 2007
Enfance
C'est le premier cadeau dont elle se souvienne. Si elle s'en souvient c'est parce qu'ils étaient rares. Elle sait la joie qui l'a envahit, elle sait le petit coin de cuisine quand les mains se sont ouvertes sur son reflet brillant et elle sait même la couleur de la robe qu'elle avait ce jour là.
C' était un bracelet bleu. Un joli bleu à peine plus foncé que la couleur de ses yeux.
Comment un petit bracelet bleu transforme une petite fille tout à fait ordinaire en princesse ? Elle a oublié... Mais elle se revoit danser et danser encore, tourner et tourner toujours rêvant qu'un prince venait de lui offrir.
A 4 ans un papa c'est un peu comme un prince.
Le joli bracelet bleu a pris le chemin de l'école. Toutes les petites filles l'ont vite adoré et elles se sont approchées pour parler à cette petite fille blonde d'ordinaire si solitaire. Comme elle a aimé avoir toutes ces nouvelles amies. Une ronde de petites filles toutes plus jolies et sautillantes les unes que les autres qui soudainement ne voyaient qu'elle. C'était le bracelet, il était magique, elle en était sûre.
Virginie a joué avec elle toute la journée. Balançoire, marelle, rondes. Elle s'est même assise à côté d'elle en classe pour dessiner. Elle lui a dit qu'elle avait de jolis cheveux. Puis, elle lui a dit aussi : "donne moi ton bracelet bleu et je te donne mes boucles vertes."
Le soir elle est rentrée avec les boucles serrées dans la main. Heureuse.
Les jolies boucles vertes ont pris le chemin de l'école. Mais elles ne sont pas arrivées jusqu'à la classe. La maman de Virginie les a réclamées devant le portail, de toute sa hauteur, de tout son corps imposant, de sa voix forte et criarde, de ses mains rouges et agitées.
La petite fille a donné les boucles. Elle n'a pas réclamé le bracelet ou peut être l'a t'elle fait d'une voix trop douce. Et puis déjà de grandes dames l'entouraient et des mots qu'elle n'aimait pas fusaient. Elle a baisé les yeux et s'est enfuie vite...vite.
Dans la classe, dans la cour elle a retrouvé sa solitude.
Puis, elle a pensé...longuement pensé au pourquoi de l'injustice...à ces grandes personnes qui normalement devraient tout savoir...devraient tout comprendre.
Que fait une injustice dans le coeur d'une petite fille de 4 ans ?
Elle grandit.....croyez-moi....elle grandit.
22 août 2007
Histoire de fée
Enfant, j'avais une fée.
Je passais de longues heures avec elle, nous discutions cachées sous la table de la salle à manger. Elle m'a appris à danser, elle m'a appris à regarder la rosée sur les fleurs. Puis je suis entrée à l'école. Elle aussi. Je ne lui parlais plus qu'en cachette. Je lui expliquais que je ne ressemblais pas aux autres petites filles, que ça ne m'amusait pas du tout de tourner en rond en chantant. Alors, elle s'asseyait à côté de moi dans le fond de la cour, sous le platane, et nous regardions les autres...de loin. Puis la lecture est arrivée.....ouvrant d'autres portes, d'autres rêves et ma fée m'a soufflée que je n'avais plus besoin d'elle. Elle se trompait il m'arrive de la chercher encore.....
Et si je repense à ça aujourd'hui c'est que l'émission "2000 ans d'histoire" était consacrée aux fées.
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/HISTOIRE/HISTOIRE20070822.ram
Très beau livre d'une délicate poésie de
Brian Froud et Terry Jones
16 août 2007
Le coffre bleu
Ses petits doigts sont crispés sur le rebord du coffre bleu. Elle s’est assise dessus et elle croit très fort que personne ne l’ouvrira. C’est qu’elle a cette douce naiveté encore vrillée au corps.
Bien sûr, c’est vers le coffre, qu’elle pointe si visiblement de toute son inconscience d’enfant que sa mère se dirige rouge de colère. Dans le coffre il y a une poupée. Une poupée mannequin à la mode. Une poupée qui a été maladroitement tondue et qui ne ressemble plus à grand chose. Elle, elle préfère avoir une poupée moche que pas de poupée du tout. Le soir quand le silence se fait dans l’appartement, elle la sort, elle lui parle, elle lui raconte que quand elle sera grande elle sera une princesse et qu’elle aura pleins d’enfants, des filles, et qu’elle leur offrira cent poupées aussi belles qu’elle.
Les larmes coulent sur ses joues, les lanières du martinet cinglent ses jambes mais elle ne les sent pas, elle ne pense qu’à la poupée qui repart.
- petite voleuse !!!
Sa mère a raison, c’est une voleuse, elle a pris cette poupée à la petite voisine du dessous. Elle a en tellement, un coffre entier, qu’il lui a semblé qu’elle ne s’en apercevrait pas.






